Les Ô troubles

Les Ô troubles

Hollywood Crime Stories, de Vincent Mirabel aux Editions Pocket, 4 juillet 2013

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        Là où l’homme est, la mort est. Le crime, le meurtre, comme la condition sine qua non à la création des lois ou de la justice. Le crime crapuleux, petit, minable. Le meurtre irraisonné, la folie. La mort visible, la mort que l’on enferme, système carcéral, asile. La mort que l’on essaie de tuer, peine de mort…La mort que l’on cache, enterrée, brûlée. La mort que l’on filme, qui fascine, la mort mise en scène, le crime, le film noir, le tueur en série. La mort comme mystère, énigme policière, « super flic ». Le cinéma, Hollywood, aime filmer la mort, le meurtre, l’assassinat, car il est la plupart du temps une belle mise en scène de nos vies, or parfois, la réalité l’emporte sur la fiction.


        Des femmes magnifiques, Marilyn Monroe, mythe éternel, des hommes influents, pleins aux as, des producteurs, des hommes politiques, on leur offre tout, mais…leur mort est un mystère, un polar bien réel et c’est ce que nous raconte Vincent Mirabel dans ce Hollywood Crime Stories. Dans les hautes sphères, les mensonges sont encore plus gros, les crimes passionnels sont fréquents quand les starlettes jouent avec le feu, l’amour et les drogues.

       

        Vincent Mirabel n’écrit pas bien. Il écrit, il dépeint sans citer ses sources, sur le ton du journalisme à sensations (style Nouveau détective) des histoires qui sont des mystères, des polars grandeur nature. Les faits débutent en 1920, alors que le cinéma est encore muet (mais il filmait déjà des meurtres et des mises à mort) et qu’une jeune starlette va trouver la mort loin d’Hollywood, dans une luxueuse chambre de l’hôtel Grion à Paris. Drogue, meurtre déguisé ? Cette même histoire traverse les années et se termine avec le meurtre (ou pas) de David Carradine, lui aussi retrouvé dans une chambre d’hôtel et dans une posture un brin désobligeante…Ces stars, ces gens du monde qui nous font rêver, la mort les rapproche de nous, le meurtre les ramène à ce qu’ils sont : des gens comme les autres. Ne vous attendez pas, dans le livre de Vincent Mirabel, à un vrai travail journalistique, à des révélations, à une enquête, ici c’est du brut de décoffrage, du simple et en fait chaque histoire est une parfaite introduction, sans plus…

 

        À travers 15 crimes, 15 mystères entourant stars du cinéma, producteurs ou starlettes en devenir, on nous plonge dans les affres des grands studios, à l’époque où la MGM, La Warner, achetaient à l’aide de gros contrats et de dollars  les stars, les réalisateurs ou bien les scénaristes. L’ère des producteurs tout puissants ! L’époque où les gros nababs de Hollywood disaient à Marilyn quoi faire, quoi dire. Et si d’un coup elle était sortie du rang et que ça n’avait pas plus ? Vincent Mirabel nous raconte sa dernière journée… Mais Marilyn, celle qu’aujourd’hui tout le monde appelle par son prénom tant elle nous est familière, proche de nous, une icône quoi, n’est pas la seule. On pourrait aussi s’attarder sur le tragique destin de Jean Seberg. Une jeune fille au visage candide, beau car campant celui d’une vierge, d’un ange, son premier rôle, celui qui la fit découvrir à Hollywood était d’ailleurs celui de  Jeanne d’Arc, fut retrouvée morte dans sa voiture, à moitié nue, droguée, dans une ruelle de Paris. Tuée ? Est-ce parce que son engagement politique en pleine guerre froide gênait ? Seberg dérangeait elle ? Et qui ? Elle n’était pas la seule à l’époque à être une femme engagée ? Jane Fonda et Elizabeth Taylor aussi ? Mais Seberg n’avait peut-être pas les gens pour l’aider, la protéger ? Vincent Mirabel nous plonge dans ce « peut-être » crime, ne s’engage pas, ne pousse pas l’investigation et il vous faudra chercher par vous.même si vous voulez aller plus loin. Une belle introduction et j’espère aussi que ce crime pourra faire découvrir à la nouvelle génération cette actrice trop tôt disparue.

 

        Il est aussi question d’une affaire, qui n’en est plus une puisque presque toute la lumière a été faite à son sujet, l’affaire d’une belle actrice, fauchée en pleine gloire : Sharon Tate et Charles Manson. L’homme est bien connu de nos jours toujours vivant, dans sa prison c’est une vraie star, il tient lui-même sa page Facebook, mais pourtant, l’homme en son temps fut un monstre. Bien sûr, Vincent Mirabel prend le parti du sensationnel pour nous raconter cette histoire et sa marche. Car le meurtre, ou plutôt les « non-meurtres » de Manson (puisque lui n’a pas tué se sont ses disciples) sont fascinants. Manson a su manipuler les gens, parfois même les foules, les médias, comme cette croix gammée gravée sur son front, ultime provocation… Il devient l’un des premiers tueurs en série à mettre en scène ses actions. Le procès de Manson est en ce sens passionnant et Vincent Mirabel  nous incite d'ailleurs à lire d’autres ouvrages et comptes-rendus.

 

        Autre crime « intéressant » même s’il n’appartient pas à la sphère hollywoodienne et que l’on quitte les USA pour l’Europe, plus particulièrement pour l’Italie, celui de l’un des réalisateurs les plus importants du XXéme siècle : Piero Pasolini. Pasolini pendant toute sa vie a joué avec la controverse, homosexuel notoire, amateur d’aventures d’un soir, ouvertement anti-fasciste, anti-censure, anti-capitaliste, il offre des films où la politique se mélange au sexe et à la religion. Des œuvres décadentes dans le bon sens du terme. Mais un matin, on retrouve son corps sur une plage italienne. Coup de couteau ? Une rencontre d’un soir qui aurait mal tourné ? C’est ce que tout le monde veut nous faire croire. Mais Pasolini s’apprêtait à révéler des informations importantes sur certains partis. La politique post fasciste italienne l’aurait-elle tué ? Et oui, le cinéma est une arme et il peut s’avérer dangereux pour les uns comme pour les autres !

 

        Pour ma part une des grandes histoires qui m’a fasciné et qui est ici relatée (c’est pour cette histoire que je me suis procuré le livre d’ailleurs !), c’est celle d’Elizabeth Short, connue sous le nom du Dahlia Noir ! Cette histoire a été popularisée par le grand auteur de polar James Ellroy dans son roman éponyme (CF chronique), un roman absolument génial et à lire à tout prix. Inspiré d’un fait réel, une jeune femme coupée en deux et sans doute torturée, j’avais envie d’aller voir plus loin, de comprendre ce qu’il s’était réellement passé. C’est une enquête longue, mystérieuse et qui ne connaîtra jamais vraiment de fin. Avec le Dahlia Noir, Los Angeles a son Jack l'Éventreur. Vincent Mirabel nous amène à penser que le criminel serait un sombre docteur… À moins qu’il ne s’agisse d’un tueur en série. Comme pour toutes les autres histoires racontées dans cet ouvrage, on reste un peu trop à la surface à mon goût, et ceux qui se passionnent pour cette affaire, ou la criminologie plus généralement, se tourneront vers l’inévitable Stéphane Bourgoin qui a écrit sur le sujet, ou bien vers Steve Hodel bien sûr qui est à la fois (étrange) l’enquêteur et le fils du tueur présumé, celui qui coupa cette jeune femme en deux !

 

        Je ne vais pas revenir sur les 15 affaires relatées dans ce livre et il va être l’heure pour moi de conclure sinon ma chronique risque d’être trop longue. Si le livre paraîtra aux plus pointilleux d’entre vous, un brin trop « léger », peut-être mal écrit, ne citant pas ses sources, il n’en reste pas moins très intéressant et encore une fois : il va vous plonger à la fois dans des affaires mystérieuses, mais aussi au cœur de l’histoire du cinéma !

Enjoy !

 

 

 



15/07/2014
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