Les Ô troubles

Les Ô troubles

Lieux étranges et Maisons hantées à Paris, de Jacques Sirgent, aux Editions Ouest France, 2013

        Paris est la ville la plus hantée au monde, mais personne ne le sait vraiment.
Il n'est pas une ruelle, une place, un cimetière... qui n'évoque son histoire de sorcière, de spectre, de mage ou de revenant. Mais le siècle des Lumières a beaucoup fait pour tuer les monstres de l'imaginaire dans l'esprit des Parisiens. 
En nous servant de guide dans la capitale, Jacques Sirgent montre des lieux étranges et hantés, laissant ainsi entrevoir une autre réalité souvent mystérieuse et parfois effrayante. Les messes noires de Catherine de Médicis, certaines pratiques au cimetière du Père-Lachaise, l'histoire d'amour de la revenante de Saint-Germain-des-Prés, l'appartement et la maison hantés de la rue Vivienne et de Pigalle... autant d'histoires d'hier et d'aujourd'hui qui permettent d'envisager Paris autrement. Certaines sont à la limite du cocasse et d'autres, plus secrètes, côtoient le sinistre et parfois frôlent le sublime.

 

 Lieux étranges eet maisons hantées à Paris.jpg

 

        Voilà un bien étrange livre que celui-ci… Ni époustouflant, ni dénué de mystère, je l’ai lu comme on écoute un murmure. Ici, on frôle, on tend la main mais on ne touche jamais. Les amateurs de spectaculaire et d’exagération en tout genre ne trouveront pas là de quoi se sustenter. Au début, cette façon d’appréhender le sujet m’a surprise, puis très rapidement, je me suis prise au jeu. Les souvenirs des temps passés hantent aussi les lieux. Ce sont des spectres peut-être moins impressionnants pour la plupart d’entre nous, mais ce sont bien des présences avec lesquelles il faut vivre. Pour moi, le fait de prendre en compte la mémoire des lieux dans ce qui les rend étranges est la grande particularité de ce livre. Ceci étant, il souligne aussi avec justesse la cocasserie de certaines situations qui sont à la limite de nous faire sourire, comme par exemple, l’observation des noms au Père Lachaise !

 

        C’est sous forme d’une promenade par un temps maussade (le décor est planté) que Jacques Sirgent nous propose de visiter Paris, ou plutôt, Son Paris, celui des lieux nimbés de mystères. Parlons un peu de l’auteur qui mérite qu’on s’y attache. Non, je ne dis pas que les autres ne le méritent pas, seulement lui, il détient les clefs d’un lieu qui devrait vous plaire : le Musée des Vampires et des Monstres de l’imaginaire, à Paris, dont il est le fondateur. On lui doit aussi une traduction française, en texte intégral, du Dracula de Bram Stoker (éditions Camion Noir)…

 

        Cette promenade vous mènera donc dans différents sites parisiens, du cimetière du Père Lachaise à celui de Pantin, en passant par les dédales des catacombes et l’historique quartier du Marais. Les anecdotes s’étendent du simple récit, comme celui de ce père et de sa fille « harcelés » par leurs éclairages électriques, à de véritables faits historiques, comme le passé de nos monarques. Le style de l’auteur, simple et très abordable, ne brise absolument pas le naturel des histoires. On le suit sans mal, et chaque référence est cohérente.

 

        Si j’ai eu un coup de cœur ? A vrai dire, plusieurs textes m’ont plu, avec cette simplicité que peuvent avoir les phénomènes inexpliqués lorsqu’on les réduit à un chapitre… Il y a par exemple cette « Ombre au balcon ». Un texte comme il en existe des milliers, un témoignage parmi tant d’autres, et pourtant, cette jeune fille, le détail de la chevelure…J’adore entendre et entendre encore les récits de badinages avec l’au-delà ! L’affaire de vaudou qu’on découvre entre les pages est aussi très intrigante. Enfin, les multiples rappels au passé de la ville enrichissent le tout et le fondent dans une atmosphère particulière et troublante. Les trottoirs que nous fréquentons chaque jour dissimulent des pas bien plus anciens que les nôtres, des évènements, tragiques et joyeux, qui auraient beaucoup à nous apprendre si on savait les écouter.

Il y a aussi ce lieu marqué par l’incendie d’un tristement célèbre bal, qui devait pourtant célébrer un évènement heureux...et désormais, le malaise de ce gardien de nuit, qui ressent sans expliquer, qui perçoit sans voir. Puis, que dire de l’empreinte de celle qui reste sans doute la plus célèbre empoisonneuse française : Catherine de Médicis. Ou encore, les ombres des derniers souverains de France, se glissant hors des Tuileries, pour échapper à un destin qui les rattrapera.

 

        Ainsi, l’auteur cherche, avec une volonté presque touchante, des lieux qui vibrent encore de leur passé. Et même si les récits ne relatent pas tous un événement époustouflant au sens où l’entendent de nombreux amateurs de paranormal, ils portent tous en eux les spectres du passé. A déguster le soir, sous une lumière urbaine blafarde et envoutante…

 

Si je devais mettre une note...7/10



11/12/2013
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