Les Ô troubles

Les Ô troubles

Reanimator, de Florent Calvez d’après l’œuvre de H.P. Lovecraft, aux éditions Delcourt Mirages.

L’histoire

        Il s’agit ici de l’adaptation en images et en bulles de la célèbre nouvelle de Howard Phillips Lovecraft, Herbert West, Reanimateur (1922). Un jeune étudiant en médecine décide de braver la mort en redonnant vie aux défunts par un sérum aux effets mal maitrisés. Et c’est l’horreur indicible propre à Lovecraft qui donne tout son charme au récit, morbide et horrifiant.  

 

Un bref petit mot à propos de Florent Calvez

        Florent Calvez est un dessinateur et coloriste français notamment connu pour sa collaboration avec Delcourt (Les aventures de Nelson Lobster par exemple). Mais ce que je tiens à préciser ici c’est que cette création est la sienne, à lui seul. Et si vous voulez en savoir plus :  http://www.florentcalvez.com/index.php?option=com_content&view=article&id=53

 

 

 

        Florent Calvez n’est pas le premier à utiliser l’œuvre de Lovecraft (nous ne pouvons pas manquer d’évoquer ici le film de Stuart Gordon inspiré de cette même nouvelle, en 1985). Cependant je trouve, de manière générale et ce n’est que mon avis, que cet ouvrage est un complément très réussi au texte initial, tout à fait propice et digne d’intérêt.  

         L’auteur utilise un style graphique très en phase avec la nouvelle de Lovecraft; le gris l’emporte, le noir et le blanc suivent discrètement. Les tracés sont striés, les lignes omniprésentes rendent le dessin sombre et ainsi des ombres planent toujours, comme la peur chez Lovecraft. Les détails sont bien traités et laissent planer un flou sordide et noir, ce petit trouble qu’on aime tant dans la nouvelle.

         Les décors me conviennent tout à fait, les demeures et la ferme abandonnée correspondent presque exactement à l’univers que j’imagine en lisant la nouvelle. Il y a de la beauté et du putride, de la fraicheur passée et une odeur de moisissure. Le ciel lui-même apparait souvent comme malsain et pestilentiel, écrin parfait à ce qui se déroule sous ses nuages.

         La division en chapitres suit le rythme de l’œuvre initiale et donne à la BD un découpage judicieux qui permet de mieux évaluer la progression des actes de West, ou plutôt devrais je dire leur déchéance. De plus, les illustrations choisies pour ces césures sont remarquablement adéquates bien que très différentes du style général.

          L’utilisation d’une « voix off » m’est ici apparue comme très judicieuse. Elle permet de rendre l’histoire très claire, de plonger le lecteur dans une ambiance sordide comme il se doit, sans pour autant lui rendre les personnages trop familiers. En vouant leur parole à l’économie elle maintient une aura mystérieuse autour des protagonistes. On se sent observateur de chaque vue sans pour autant se sentir vraiment invité…

        Les personnages se veulent plus ou moins fidèles à leur modèle rédigé, ce qui est plutôt agréable. L’un s’efface et la folie du second envahit les lieux. West est un jeune homme qui parait fragile mais passionné. L’épouvante dans certains regards est sublime et nombre d’horreurs revenues du trépas sont parfaitement représentées. L’auteur aurait pu choisir la voie de l’hémoglobine, mais il semble avoir avec goût préféré le macabre grisonnant.

 

Il manque tout de même la petite touche Lovecraft. Ce petit quelque chose qui, à travers les mots, vous insuffle l’immonde...alors que vous êtes seuls avec votre imagination.

 



02/03/2013
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