Les Ô troubles

Les Ô troubles

Les loges funèbres, Amelith Deslandes, Editions Nuit d’Avril, 2006

        Une chanteuse d'opéra dont la carrière a été brisée par un terrible accident sur scène accomplit enfin sa vengeance. Un artiste aux goûts morbides décide de réaliser l'oeuvre de sa vie. Sept personnes se retrouvent prisonnières d'une curieuse maison hantée, tandis que des chercheurs sont censés étudier leurs comportements face à la peur. Un jeune collectionneur met la main sur une effigie du Christ aux mystérieux pouvoirs. Le neveu d'un fabricant d'automates ne se console pas de la destruction de son mannequin préféré et, adulte, s'y prendra d'une façon étrange pour le reconstituer. Un cambrioleur spécialisé dans le vol de manuscrits découvre des versions inédites de textes de Poe, Ray et Maupassant.

 

 

        Il est des livres que l’on abandonne sans regret, des « œuvres » qui se posent sans le moindre remord…il en est d’autres, bien au contraire, qui écourtent nos nuits, qui détournent notre concentration et qui attisent notre désir de mots. Les loges funèbres sont des secondes…Séduite par une première rencontre avec Chair et tendre, je me suis risquée à mettre en péril mon très bon ressenti sur cet auteur qu’est Amelith Deslandes, en entamant cette nouvelle lecture. Loin de me contredire, cette seconde découverte a achevé de me corrompre.

Ce recueil se compose de neuf nouvelles, neuf petites histoires délicieusement horribles et cruelles. Que faire…je  les reprends toutes ou pas ? Nous verrons bien…

 

        Nous sommes accueillis dans cet univers par « Peau vive et masque mort »…Court, ce texte n’en est pas moins efficace. Porcelaine est prisonnière d’un père qui n’en fait pas autre chose qu’une poupée macabre, une beauté qu’il souhaite figer…et pourtant, au creux d’elle-même, dans les recoins les plus sombres de son intimité, un secret ne peut se dissimuler plus longtemps…pour un bel effet de surprise, une douce découverte…entre noirceur et sourire.

 

        Le deuxième texte s’intitule « Petit théâtre d’ombres ». Le sujet est classique puisque les protagonistes se voient offrir une somme d’argent rondelette, en échange d’un temps passé dans une maison isolée au passé lugubre. Mais ne soyez pas stupides, ne vous arrêtez pas sur le seuil en condamnant ce récit trop tôt. L’auteur le rend séduisant par le choix des mots, les sentiments crus et la dureté de la chute. Être face à de trop flagrants classiques, lorsque je les ai déjà lus et relus, est une chose qui en temps normal peut m’insupporter au plus haut point. Mais, lorsque ces thèmes sont joliment repris, lorsqu’on leur offre un écrin porteur, alors là, j’adhère ! Il y a aussi ici un petit clin d’œil adressé à nos sociétés faiseuses d’images au détriment de toutes autres choses… Une nouvelle bien agréable en somme, même si elle ne représente pas l’apogée du recueil, selon mes critères.

 

        Vient ensuite « Fantaisie urbaine »…Ah ! Là j’adore (grand sourire grotesque) ! Un artiste utilise ce que le bitume et le métal lui offrent de plus sanglant pour créer des œuvres macabres et violentes, fruits de son esprit pervers…En quelques pages, Amelith Deslandes offre à son lecteur un ressenti hors du commun…Cet artiste mis en scène, je ne sais pas pourquoi, je lui ai attribué les traits du cannibale du Milwaukee…c’est à cause de l’histoire du jean je pense… je n’essaie plus de me comprendre…

Toujours est-il que, l’art mêlé à la mort, même si c’est un thème qui tend à se banaliser, a toujours son petit effet sur moi…et ce texte ne déroge pas à la règle.

 

        Puis nous voilà arrivés à ces lignes nommées : « Le signe de la chouette » (qui immanquablement m’a rappelé une originalité architecturale de ma ville d’origine !). Ici, on plane dans ce que je nommerais dans mon jargon : "un polar futuriste et paranormal "! Vous croyez qu’il s’agit juste de l’enquête d’un privé sur la disparition d’une jeune fille ? Soit, mais vous faites erreur, avancez de quelques lignes et voyez ses méthodes, son matériel. Puis, continuez…et régalez-vous ! Bien que j’ai trouvé la chute un peu rapide et que j’aurais aimé aller un peu plus loin dans l’histoire, l’auteur laisse ici planer notre imaginaire, nous laisse voir notre propre bête, et c’est bien aussi…

 

        La cinquième nouvelle s’intitule « De bronze et d’éther »…elle est courte et bien organisée, mais ne m’a pas plus marquée que ça…un petit texte sur une statuette bien étrange…au secret bien sombre…Il n’est pas aisé d’en parler sans spoiler l’histoire, je dirais juste que le pouvoir de certains objets va bien au-delà de ce que nous pouvons contrôler…à moins qu’on soit seulement victimes de nous-mêmes… ?

 

        Viennent ensuite « Les ravages du destin »…ou le texte que j’ai le moins apprécié du recueil. La fusion n’a pas eu lieu, je n’ai pas réussi à adhérer à l’atmosphère ni au concept. Ici, vos dieux sont autres, votre destin bien peu de choses…Je m’arrête là par manque d’inspiration.

 

        « Les joyaux d’Hyléna », ainsi s’intitule le septième texte, l’un de mes préférés malgré sa simplicité extrême. Avoir été et ne plus être. Ne pas même pouvoir retrouver ses propres traits dans le miroir. Réaliser à quel point on est bien peu de chose dans l’univers truqué qui nous entoure. Les amis sont fuyants et faux, les certitudes s’écroulent. Voilà ce que vit cette ancienne chanteuse d’opéra, condamnée à ne plus être ce qu’elle fut et décidée à ne pas laisser la fatalité avoir raison d’elle. Ici, j’aime la mise en scène. J’aime le détail apporté à certaines pièces. J’aime redouter sans certitude.

 

        La séduisante et macabre « Luna » fait office de huitième nouvelle…que j’aime voir les chairs et le métal fusionner…ce texte répond à ma demande…Y a-t-il de la folie à aimer ce que les autres remarquent à peine ?  Ici, le protagoniste m’a touchée par son attachement platonique à ce que ses contemporains ne comprennent pas. Il y a de l’horreur bien sûr, mais aussi autre chose…je vous laisse découvrir...

 

        Et enfin, ou plutôt devrais je dire trop tôt, voici le neuvième et dernier texte : « fragments disputés à Cerbère ». Je n’ai pas tout de suite accroché à ce récit qui s’attache à un voleur de textes interdits. Mais, lorsque j’ai commencé à comprendre ce que peu à peu, l’auteur dessinait sous nos yeux…Alors là oui, c’est une belle histoire. J’ai trouvé la découverte de ce personnage particulièrement attrayante. Une fois de plus, je trouve que la chute est rapide et nous laisse un peu perplexes, à la façon d’un mot longtemps attendu lancé trop vite et enseveli sous ses confrères, sans plus de forme. Mais après tout, ce sont des nouvelles que nous sommes venus chercher…

 

        Pour conclure (tiens, finalement elles sont toutes là !) je ne peux que conseiller ce livre grinçant qui, je le pense sincèrement, vous fera frémir ou grimacer, mais ne vous laissera pas indifférents ! 



28/06/2013
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