Les Ô troubles

Les Ô troubles

Lady Doll, tome 1, La poupée intime, Vassella & Penco Sechi, éditions Soleil, collection Blackberry (Juin 2010)

L’histoire

 

        « Gaja tu ne parles qu’à tes poupées. Gaja, ton visage te vaut d’être rejetée du monde, des autres enfants comme de ton père. La seule personne à pouvoir te comprendre Gaja, c’est moi, ta mère. Moi qui peuple ton univers de jouer pour tromper ta solitude, moi qui sens ma santé décliner au fil des jours. Gaja, ma pauvre enfant perdue, sans moi, que deviendras-tu ? » (4e de couverture)

 

 


 

 

        Tout d’abord un grand merci à la blogueuse qui m’a fait découvrir cette histoire et qui se reconnaitra sans doute (cf. adresse en commentaire !)…et je précise que j’ai passé un excellent petit moment avec ce volume.

 

        Le visuel général est tout simplement inhabituel et magnifique. Une grande place est accordée aux tissus, à leurs détails, leur volume, leur légèreté ou leur lourdeur…Le taffetas brille, les dentelles sont fines. En même temps cet amalgame d’étoffes ne crée pas une atmosphère rassurante, mais plutôt étouffante (c’est mon ressenti en tout cas). En effet, n’oublions pas que nous sommes dans la chambre d’une petite fille au visage déformé et qui refuse de voir le monde ou d’avoir d’autres amies que ses chères poupées.

 

    L’aspect des personnages est sans doute ce que je préfère. En effet, ils sont…comment dire…roses et déformés ? Non-pas « moches » dans le sens affreux, mais plutôt disproportionnés, aux yeux démesurément grands et expressifs, aux doigts crochus, au nez proéminent. Seule la mère de Gaja est représentée avec une finesse appréciable, le manque de proportionnalité étant ici comblé par une douceur, presque une langueur, qui la rend douce à regarder. Les personnages abominables que nous rencontrons sont enlaidis avec finesse, les moindres détails sont soignés (plis, ombres, expressions du visage) et ces effets transpercent les pages, c’est agréable.

Les couleurs « relatent » elles aussi, je veux dire par là que le rose exprime l’univers de Gaja, le noir souligne l’inquiétude, le rouge la colère…les planches ont des dominantes, des fonds qui ne sont pas anodins. C’est attirant et cela rend ce volume très éloquent.

 

        Si l’on s’attache à l’histoire elle-même, alors je dirais que dans ce tome, une grande place est réservée à la présentation des personnages. Ce volume m’est apparu comme un tremplin qui nous sera sans doute utile pour le deuxième tome. En même temps, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de rebonds et de nœuds, ils sont juste doux, plus coulants que dans d’autres lectures, mais bien là !

 

        Au niveau des caractères des quatre principaux protagonistes, on est presque dans le cliché ; il y a le bien et le mal, rendu à la manière d’un conte. Oui, c’est un point fort de ce volume, la proximité avec l’univers du conte tel qu’ on le rencontre régulièrement (je ne dis rien rien pour ne pas spoiler). On y apprend une multitude de petits détails qui rendent amères, qui laissent un goût de cendres ; on est sensibilisés à l’univers de cette enfant et on comprend qu’elle sombre…on le souhaite même…qu’elle se venge !

D’ailleurs à ce propos, la « folie » de Gaja est belle…elle est magnifique même. Quel enfant ne s’est jamais retiré dans un monde bien à lui, rien qu’à lui ? Et quel adulte n’a pas conservé, en son for intérieur, une petite porte pour y retourner à l’occasion ? Son monde à elle est rose bonbon et pourtant, il est muré par la souffrance, habité par une forme de solitude qui ne semble en rien déranger notre jeune héroïne. Et bientôt, elle en fera un rempart bien plus puissant qu’il ne le fut…

 

En bref : un brin féminin, mais superbe !

 

 





27/04/2013
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