Les Ô troubles

Les Ô troubles

L’abomination de Dunwich, par Howard P. Lovecraft (The Dunwich horror, 1928-1929)

        Parce qu'un de leurs ancêtres s'est approprié un secret que les humains ne doivent pas connaître, ou parce qu'il a mis un jour un passage vers un ailleurs indicible, certaines familles subissent le joug d'une malédiction, de génération en génération, il en est ainsi à Dunwich, petit village isolé du Massachusetts, de la famille Whateley, dont le dernier-né, Wilbur, grandit si vite qu'il paraît adulte à dix ans. Car le mystère sur sa terrible naissance reste entier... Mais, parfois, ce sont des lieux que possède une horreur ancestrale, tels l'atroce cité sans nom ou encore le prieuré d'Exham, hanté par d'effroyables rats…

 

L'abomination de Dunwich.jpg

 

        Cela faisait un certain temps déjà que je n’avais pas lu Lovecraft…trop longtemps. Il y a peu j’ai donc décidé de me plonger à nouveau dans L’abomination de Dunwich ! Et me voilà pour vous en parler, vous donner mon avis. Il ne s’agira pas ici d’une « critique » que je ne saurais faire, mais plutôt d’un commentaire, d’une parenthèse sur ce petit recueil de nouvelles.

 

1- L’abomination de Dunwich : Voici donc le texte éponyme de ce recueil de nouvelles, celui qui l’ouvre et nous fait franchir la première marche vermoulue de cet univers. On y retrouve à nouveau de nombreux aspects chers à notre auteur et qui forgent son charme. S’il fallait citer les principaux, il s’agirait très certainement de : son jeu sur tous les sens pour faire naitre l’horreur, son vocabulaire joliment choisi pour entretenir la peur de l’innommable, le danger des Anciens et sa crainte de la dégénérescence. Il s’agit de point que nous pouvons retrouver très souvent dans ses travaux. Certains s’en lasseront peut-être, moi je trouve que cela crée un ensemble. Il ne faut pas oublier que la vie même de cet auteur s’accorde avec les aspects qu’il développe. Plus son existence défile et plus Lovecraft se terre, plus il vit à l’image de ces textes.

Il y a ici des bruits de succion malsains, des craquements dans la nuit, des mouvements imperceptibles et des formes que l’œil peine à reconstituer. Le village où se déroulent les faits est clos et consanguin. Lovecraft entretenait une vraie frayeur à propos de la dégénérescence, et éprouvait lui-même une grande peine à sortir d’un isolement volontaire.   

 

2- Je suis d’ailleurs : Dans ce récit qui  ne m’a pas particulièrement conquise par rapport aux autres, Lovecraft crée à nouveau une atmosphère étrange. Cette fois il joue sur l’isolement et sur l’inversement des mondes…À mon sens, on ne peut pas vraiment parler là d’épouvante, mais plutôt de suffocation et d’impasse…

 

3- Les rats dans les murs : Un texte comme je les aime ! Bref et efficace, il a pour mérite de jouer sur plusieurs registres. Il y a des peurs qui sont presque ancestrales, comme celles du bruit dans la nuit, ou des rats porteurs de morts. Puis, il y a le passé sous nos pierres, celles de nos bâtisses, celles de nos propres chambres. Il y a ici une importance accordée à une demeure bien précise, un lieu qui est joliment mis en scène et devient protagoniste, de même que les chats, ancestrales synapses entre notre monde et l’ailleurs…Les Anciens sont à nouveau présents, notamment par la façon dont ils subsistent dans les mémoires et dans les lieux les plus profonds de notre globe.

 

4- Le modèle de Pickman : L’art et le monstre, l’art et l’horreur. Bien étrange relation dans laquelle la représentation devient vectrice d’effroi, trait d’union entre la surface et l’abîme, façon aussi de regarder ce qui est insoutenable à l’œil nu. Ici, je ne veux pas en dire trop, de peur d’éteindre toute curiosité en vous, mais je dirais tout de même que, bien que classique et toujours fidèle à l’univers traditionnel de l’auteur, ce texte reste très agréable.

 

5- La musique d’Erich Zann : Je pourrais commencer cet avis de la même manière que pour le texte précédent, à la différence qu’ici il s’agit de musique et non de peinture. De plus, une touche de folie malsaine et de sombres mystères viennent enrichir le texte d’une douce amertume. À nouveau, l’auteur joue sur nos sens, ici la musique, pour mieux nous investir et nous rallier à son monde.

 

6- Le Molosse : Malédiction qui traverse les âges, bravoure malgré les avertissements du Necronomicon d’Alhazred, voici en peu de mots les ingrédients qui composent ce texte. Il est des objets qui, une fois ensevelis avec leur défunt propriétaire, devraient y rester. Les deux protagonistes de cette nouvelle ont fait fi de tout cela, et ce fut à leurs dépens…

 

7. La cité sans nom : Ce texte ne m’a pas particulièrement passionnée, il y ici certains aspects toujours chers à Lovecraft : le culte des Anciens, les pierres comme symboles et gardiennes. Pourtant, est-ce un trop-plein de ma part, je n’ai pas réussi à m’immerger dans la houle des dangers de ce culte. Je crois que je préfère les textes plus « urbains » ou « villageois » de l’auteur. À relire peut-être séparément des autres ?

 

8- La maison maudite : J’adore ! Le thème de la demeure comme écrin de la peur est un thème que j’affectionne tout particulièrement. Quoi de pire que de ne pouvoir avoir de repos dans le lieu qui doit abriter votre vie ? Quoi de plus effrayant que de ne pouvoir se savoir seul chez soi ? Que de s’enfermer avec le danger ? La curiosité des deux personnages presque touchants est un atout supplémentaire dans ce petit texte à grignoter près d’une porte grinçante !

 

Bref, un nouveau moment bien agréable aux côtés d’un auteur qui n’arrive pas à me lasser !

 

 



16/01/2014
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