Les Ô troubles

Les Ô troubles

La Cabane dans les bois, un film de Drew Goddard, 2012 (Avis donné par Jericho, merci à lui de nous avoir prêté sa plume!)

        Sur l'invitation de la maîtresse de maison, la tenancière de l'ombre comme on l'appelle dans le milieu, je prends possession de ces quelques lignes pour vous parler de La cabane dans les bois.

J'ai vu l'affiche avant de voir le film, normal me direz-vous, oui, sauf que cette dernière ne m'a pas vraiment mis en confiance, au premier regard ça ressemble au survival estival, doté d'un casting jeune et inexpérimenté, le film frisson qui sort tous les ans à la même époque et n'apporte rien de nouveau. Bah pour une fois, ce n’est pas le cas.

 

        Une bande de copains part pour un week-end dans un endroit reclus, loin de toute civilisation et comme vous vous en doutez, la petite troupe va se heurter à quelques ennuis. Si vous pensez que le point de départ n'est pas original, attendez de voir les personnages. Deux beaux sportifs, deux jolies jeunes femmes, l'une est écervelée, l'autre prude et un non-sportif (par définition dans ce cinéma, célibataire, qui se réfugie dans la défonce). En parallèle, le film nous offre un contre-récit dans un laboratoire où les protagonistes tranchent radicalement avec l'univers de la narration principale, ce qui aura pour effet d'être un peu déstabilisant au début, mais surtout de piquer notre curiosité.

S'agit-il pour autant d'un teenage movie, pas vraiment, un film de zombie pas seulement. Il est difficile de définir le film tant ce dernier emprunte à tous les sous-genres du film d'horreur, auréolé d'une narration qui est tout sauf linéaire. L'intertextualité est omniprésente et mène le film à un condensat de matière horrifique jeté à l'œil du spectateur pour son plus grand amusement et surtout sa plus grande surprise.

Ainsi, si le parallèle avec Evil dead est permis, c'est presque plus du côté de Jumanji que le film trouve malgré lui sa plus grande source d'inspiration. À travers l'ambivalence entre le jeu

et « l'expérience scientifique » déviante ; le spectateur se prend alors à réinventer le scénario alors même que celui se déroule sous ses yeux, supposant que telle ou telle créature aurait été plus drôle ou plus effrayante, que telle ou telle mort aurait été plus sanglante ou plus divertissante. Le film sous la forme du jeu qu'il arbore se prête donc à toutes les excentricités tant du point de vue de sa réalisation que de l'effet produit sur le spectateur et pour être tout à fait honnête on en redemande ! Cette supercherie assumée est d'autant plus renforcée que le script est assez déjanté, conférant aux personnages un humour pas toujours de circonstance, mais qui pour le coup se marie subtilement avec la tonalité du film. La présence de Sigourney Weather, érigé en directrice froide et implacable finira d'achever les plus sceptiques, le film ne se prend pas vraiment au sérieux, et l'on sent que Drew Goddard et son scénariste Joss Whedon s'amusent à nous livrer un film en dehors des sentiers battus.

Le personnage de Marty (le junky) fait beaucoup dans ce sens, mais en regardant de plus près, aucun des personnages n'est vraiment dans son rôle. Les joueurs de l'équipe de foot US donnent des conseils de lecture ou parle le latin, la vierge effarouchée sort d'une liaison avec l'un de ses professeurs. Ces personnages qui de prime abord semblaient donc n'être que des clichés sont en réalité le point de départ du basculement entre horreur et humour.

 

        Dans l'univers du contre-récit, les scientifiques détiennent toutes les clés, toutes les réponses, à tel point qu'ils semblent presque faire l'histoire alors même que celle-ci se déroule sous les yeux du spectateur. Les victimes désignées deviennent des marionnettes, placées au comble de l'horreur, influencées dans leurs décisions à travers tout un éventail d'artifices. Sorte de mise en abîme de la réalisation elle-même, qui s'interroge, s'amuse et « parie » sur le succès ou l'échec des différents moyens employés.

 

       Bien sûr, le film a les défauts de ses qualités, si le contre-récit exacerbe les codes du genre et s'amuse avec, le spectateur ressent parfois comme un décrochement. Il est difficile de plonger pleinement dans l'univers « horrifiant » de cette cabane perdue dans les bois, et l'on reste plus curieux qu'absorbés par tant de procédés.

 

        Au final, la cabane dans les bois aura été pour moi une très belle surprise, le film n'invente rien dans le sujet qu'il a choisi, mais à travers une réalisation habile, il nous emmène sur un nouveau terrain frais et divertissant qui tient plus d'un Shaun of the Dead que du film d'horreur banal auquel je m'attendais.



13/04/2013
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 20 autres membres