Les Ô troubles

Les Ô troubles

Eco, Tome 1 : La malédiction des Schaklebott, textes de Guillaume Bianco – Dessins de Jérémie Almanza, aux Éditions Soleil, collection Métamorphose, 2009

8.5/10

 

"Approchez braves gens, pour entendre l'histoire, Cette sombre litanie, qui vogue dans ma mémoire. Soyez donc attentifs, prêtez-moi une oreille, Vous entendrez un conte, à nul autre pareil. Eco n'a pas dix ans, son visage est bien blême, Mais c'est la vie pourtant, qui coule dans ses veines. Une triste circonstance, par une nuit de démence, Changera à jamais sa paisible existence. La fable est déplaisante, faites à votre guise, Sachez que toutefois, pleurer n'est pas de mise..."

 

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        Une fois n’est pas coutume, un petit conte…

Eco m’a attirée par ses illustrations oniriques, fantasmagoriques, magiques.

Les couleurs vaporeuses, les contours flous, la surcharge de certaines images, les détails éclectiques… Ce volume est un petit bijou visuel !

Je pense notamment aux planches doubles, comme celle qui présente la ville, faite de bric et de broc, sous une lumière verdâtre, surplombée d’une lune démesurée, architecture spectrale, superbe.

Les personnages sont étonnants et magnifiques : cette bohémienne enchantée, ces créatures de tissus, ce père….

Et puis, il y a ce quelque chose de presque angoissant dans l’aspect de la propriété des Schaklebott, immense et foisonnante. D’ailleurs, Eco ne se réfugie-t-elle pas toujours dans son placard, pour fuir la démesure d’un manoir fou ? Le jeu sur les proportions participe de beaucoup à l’ambiance trouble du volume.

 

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        Et Eco, enfant au visage pâle et à la mine triste, flâne piteusement dans les plaines enneigées…

 

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        L’histoire se réfère aux contes, mais à un aspect précis de ce type de récit. Lors des premières pages, on peut craindre une histoire plan-plan et bonbon (exactement ce que je déteste en fait…) mais l’horrible sensation ne dure pas, rapidement, autre chose se dessine. C’est un panel de symboles qui vrombit entre les pages.

 

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        Les contes, avant d’être repris par le commerce (Wald Disney…) sont des textes forts et beaux, qui ne manquent pas d’une certaine violence et d’une inévitable double lecture. Je pense notamment à la véritable histoire de la petite Sirène, superbe et cruelle (oui, j'adore le texte original...) Ici, ce n’est donc pas un conte pour enfant, ce que les dernières pages confirment d’ailleurs sans équivoque, mais bel et bien un véritable conte, de ceux qui plongent leurs racines dans la noirceur des « qualités » intrinsèques à l’espèce humaine. C’est sur ces dernières pages que le doute se lève sur la tournure que prendra l’histoire. J’ai pu lire d’autres avis de lecteur qui se disent très déçus par la fin. A ces personnes (dont l’avis est légitime, je l’entends) je ne peux répondre qu’une chose : Eco n’est pas un conte retravaillé pour un public enfantin, c’est un conte fidèle…aux contes !

 

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        On retrouve un regard sur l’innocence, sur le drôle de no man’s land qui plane entre l’univers des adultes et celui des enfants. Eco est touchante, perdue et attirante. Elle a dans son regard de chiffons quelque chose qui la rend spéciale, triste et démente…

 

        Vous l’aurez compris, cette fable m’a complètement séduite et les deux autres volumes sont arrivés…pas la peine de m’appeler cet après-midi, je ne répondrai pas….

 

 

 

 

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26/07/2014
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