Les Ô troubles

Les Ô troubles

Âmes de verre, Tome I; Le Sidh, Anthelme Hauchecorne, Editions Midgard, 2013

        Ce livre vous attendait. Il était écrit que vous feriez sa connaissance. Car peut-être êtes-vous, à votre insu, un(e) Éveillé(e). Auquel cas, vous êtes en grand danger. Les rues de cette ville ne sont pas sûres. Pour vous, moins que pour tout autre. Car les Streums rôdent, à l’affût d’une âme à briser. Je ne vous mentirai pas : vos options ne sont pas légion. Votre meilleure chance de survie gît selon toute probabilité entre ces pages. Qui sont les Streums, demanderez-vous ? Pourquoi convoitent-ils les fragments du Requiem du Dehors ? Quel avantage espèrent-ils retirer de cette partition funeste ? Si vous ignorez les réponses à ces questions, vous vous trouvez alors face à un choix. Pour lequel il est de mon devoir de vous aiguiller…Souhaitez-vous rejoindre la Vigie, risquer votre vie et sans doute plus encore, dans une lutte désespérée pour déjouer les intrigues du Sidh ? Ou bien demeurer parmi le troupeau des Dormeurs, à jamais ? Pareille aventure ne se présente qu’une fois. Sachez la saisir. Enki, enquêteur et logicien de la Vigie. (4e de couverture des Éditions Midgard)

 

 

Et voilà, il fallait que cela m’arrive lorsque je croule sous le boulot…l’une des plus belles rencontres littéraires de cette année. Un pur moment…comme je les aime. Amis des organismes cauchemardesques et des possibilités grotesques, prenez une chaise !

 

        Mais où Anthelme Hauchecorne est-il allé chercher ces créatures ? Elles semblent tout droit sorties du laboratoire d’un mécanicien boucher. Et ces univers ? Amas putrides, mêlant le purulent à l’angélique, le parfum à la charogne…Il n’y a aucun doute, c’est superbe !

Ici je ne pourrai pas être exhaustive à propos de tous les tableaux que nous offre ce livre, malheureusement je me dois de réduire mon temps de parole et de faire attention à ne rien spoiler…l’exercice est malaisé…

 

Essayons d’organiser les choses…

        L’histoire est composée de plusieurs strates, entrelacées entre elles. Chacune nous prend à la gorge ; certaines âpres, d’autres douceâtres, mais toutes délicieuses. On se sent comme invité dans ce livre, entre ses pages. En effet, l’auteur ne nous perd pas dans un labyrinthe draconien comme le font certains. Et, surtout, il ne fait pas l’économie des informations nécessaires à notre bon plaisir ! Ainsi, je me suis sentie à mon aise dans cet ouvrage, et bien plus que simple lectrice puisque nous découvrons les pages d’un texte réservé : le Codex. Nous sommes appelés à observer, mais aussi à nous interroger (en tout cas, c’est ainsi que je l’ai ressenti) : et si tout cela était pure vérité ?

En effet, tout est fait pour que (si l’on joue le jeu bien sûr), on réalise à quel point il serait possible d’ignorer un univers parallèle et cauchemardesque, avec lequel certains d’entre nous, les Éveillés, sont en état de guerre. C’est juste fascinant de voir à quel point le récit est construit dans ce sens. Pour troubler son lecteur, Anthelme Hauchecorne n’hésite pas à faire appel à des références historiques auréolées de mystère, de magie, de questions sans réponse, et si possible mal connues (c’est l’historienne qui parle !)…l’histoire celtique…les ouvrages antédiluviens… Bref, on n’éprouve aucune difficulté à traverser le miroir pour se laisser entraîner dans les dédales de ce monde souterrain qu’est l’En-deçà, peuplé par des créatures magnifiquement inconcevables et ignobles : les Daedalos, ou Streums (superbes amas repoussants de tout ce que notre imagination n’a jamais osé mettre en scène, même dans nos fièvres les plus nauséabondes).

Le choix des mots est superbe : ni trop, ni trop peu, on ne peut se contenter de tremper les lèvres ici, il faut boire au goulot !

 

Revenons à notre organisation : l’histoire !

        On apprend donc qu’il existe sous la ville, ici Lille ; un univers fascinant et fétide, on s’y déplace comme dans un rêve, ou plutôt, comme dans un cauchemar…De très nombreuses compositions sordides et infectes y sont possibles, que ce soit dans son architecture ou dans les êtres qui l’habitent. Ce monde plonge ses racines bien plus loin qu’on ne le pense, là où aucun être humain n’est allé, un lieu où réside les ancêtres de ces Daedalos. Un combat se déroule, invisible pour la plupart, mais bien réel pour un groupe de chasseurs humains hors du commun : la Vigie. En effet, les créatures peuvent venir dans notre monde et nous pouvons (à condition d’en connaitre l’accès) aller dans le leur…ce qui complique les rapports lorsque les uns et les autres manquent de savoir vivre chez leur voisin…

Cette bataille est ici envenimée par une série de meurtres sordides et dont la signature évoque la patte d’un être de l’En-deçà…C’est dans ce contexte que Camille, jeune recrue fascinante, la Goth’ comme elle est souvent nommée, cherche à obtenir ses galons de chasseuse afin d’intégrer définitivement le groupe de la Vigie. Elle n’a rien de l’héroïne sans faille, ses docs, son cuir et ses erreurs la rendent tellement plus ! Son humanité est belle, sa tête cramée attachante. Mais elle est loin d’être seule empêtrée dans cette histoire ! Il y a Vincent, le propriétaire de la sublime Maison Caffart… Quel lieu … Mais quel lieu ! Et cette demeure porte en elle un joyau, l’objet de l’une de mes plus fortes affections littéraires du moment ; l’innocence auréolée de pourriture malsaine: Neith, (ou comment teinter l’enfance d’un reflet de putréfaction perverse, de décadence grotesque et pestilentielle!). Ce Vincent doit l’effondrement de sa vie (comprendre la perte de sa fille, le suicide de son ex-compagne) au mystérieux meurtrier Streum. Il a donc, lui aussi, la rage de savoir, la hargne de se venger…et il n’a plus rien à perdre… Vient ensuite un panel séduisant de personnages tels que Godrick, chasseur averti, puissant et brut. Ambre, sa compagne, Sturm, Éveillé violent…Je m’arrête, je m’arrête (non parce qu’il y a aussi une hiérarchie dans les deux univers, etc…)

 

        Mais cet ouvrage et l’histoire qu’il met en scène ne seraient rien sans la musique qui vibre entre ses pages. En effet, régulièrement évoquée, toujours sublimée (pour le meilleur et pour le pire) elle joue un rôle majeur dans le récit et pour les personnages. Elle est convoitée, elle est déchiquetée, elle est volée, mais toujours magnifiée…véritable trait d’union morbide, elle ficelle le récit de sa puissance. Pourquoi un requiem (le Requiem du Dehors) est-il dans tous les esprits, objet de tous les désirs, violents et salvateurs… ? Comment et sur quel type d’instruments le jouer ? Quels sont ses pouvoirs ? À vous de le découvrir…Tout ce que je peux vous dire c’est qu’ici, il n’y a pas que le métal qui se mêle à l’organique…

 

        Il y a aussi de quoi sourire dans cet ouvrage, rassurez-vous ! En effet, le livre s’adresse à nous, nous emporte parfois dans un sentiment blasé tellement contradictoire avec la situation des protagonistes qu’on ne peut que sourire et…

 …Oh, il faut que je m’arrête et pourtant…j’aimerais évoquer ces mains lugubres dont les ongles, usés d’avoir vécu plus qu’ils ne l’auraient dû, deviennent des armes redoutables…Les armes ? Parlons en, elles sont étrangement liées à leur propriétaire ! Vous découvrirez aussi que le Croquemitaine peut prendre des formes qui terrorisent bien plus que les enfants…que la viande humaine est une musique…

 

Je m’arrête, je m’arrête, mais vous l’aurez compris, j’attends la suite ! Bon, bon, je me console avec Baroque’n’roll en attendant!

 

Avant de vous laisser, j’allais oublier : petite (grosse !) mention spéciale au travail éditorial…agréable et appliqué…Oui, parce que vous trouverez aussi de très belles illustrations entre ces pages, véritables petites fenêtres sur le cauchemar et…ok, j'arrête, j'arrête...



06/06/2013
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